On est tous fous !

 In Accompagner des auteurs, Orsan

Stéphanie Buttard, auteur 

 

Journaliste depuis plusieurs années, Stéphanie Buttard a relevé le défi d’Orsan en composant l’épisode 7, un huis-clos glaçant sur fond de paranoïa. Pour écrire cette histoire, Stéphanie est allée à la rencontre de soignants et de patients.

L’épisode que vous avez écrit aborde la question de la paranoïa, comment vous est venue l’idée de ce thème ?

L’idée de la paranoïa s’est imposée tout naturellement vu le contexte de la série (épidémie), la montée en tension des épisodes précédents, et le passé de la Réunion en la matière (chikungunya). J’ai eu peur à un moment donné de « forcer le trait » mais au final, l’épisode n’a rien d’exagéré ou d’irréaliste.
De plus, mon intention était faire le pont entre la paranoïa comme maladie mentale et la « parano » qui nous guette tous, à des degrés divers, quand quelque chose « déraille » en nous ou autour de nous. Le cerveau humain a tellement besoin de comprendre qu’il fabrique d’autres réalités pour expliquer ce qui résiste à son analyse! J’avoue que depuis ce travail, la petite remarque anodine « allez, t’es parano ou quoi? » a singulièrement changé de saveur… Mais avec les petites pilules bleues de mon docteur, je vais beaucoup mieux.

Pour aborder cette question, avez-vous consulté des professionnels ?

Oui, j’ai pris conseil auprès de personnels hospitaliers qui s’occupent de patients en crise (urgences psy), notamment le témoignage direct d’un malade paranoïaque, ainsi que quelques infos au sujet de la prise en charge, tant médicamenteuse que comportementale. Je crois que rien n’est exagéré là non plus. Mon souci était de ne pas faire dans le spectaculaire, on n’est pas dans une série américaine quand même, lol.

Que vous a appris cette expérience ?

J’ai compris qu’on est tous fous, mais ça il ne faut pas le dire, encore moins l’écrire car certains ont encore des illusions, semble t il (je ne parle pas du premier tour de la présidentielle).

Est-ce difficile de passer de l’écriture journalistique à l’écriture de fiction ?

Le passage à l’écriture de fiction a été étrange. Dans mon métier, en tout cas de la manière dont je l’exerce depuis un quart de siècle, on raconte ce qu’on voit et ce qu’on nous dit, du coup l’autocensure limite le fond et même la forme (je n’ai pas encore osé écrire en alexandrins ou en vieux françois, par exemple, mais je vais y penser pour le second tour). D’abord je n’osais rien inventer, c’était pénible d’être bloquée avant même d’avoir pris le départ. En plus, les contraintes de l’écriture de série me paraissaient très « verrouillantes », limite « on prend un logiciel et ça va se faire tout seul ».
Puis après le recueil du témoignage de parano, quelque chose s’est libéré. J’ai senti que c’était une opportunité d’écrire autrement et que ça me ferait du bien. Du coup j’ai arrêté de réfléchir et j’ai commencé à penser… puis à visualiser les scènes… puis à entendre les dialogues… (Oui, j’ai aussi pris quelques substances qui m’ont fait lever la tête du guidon rédactionnel). Au final, je me dis que l’histoire est plausible puisque je l’ai imaginée. Je dois avouer que ça me donne bien envie d’écrire d’autres fictions…

Si vous deviez n’emporter qu’une seule série, ce serait laquelle ?

La plus difficile des questions!!!! ya trop de candidats… série pas trop (j’ai pas la télé et j’ai vu que Breaking Bad, que j’ai bien aimé car un peu hors codes des séries, justement). Oeuvre littéraire? Euh, Lewis Carrol, Philip K Dick, enfin tous les grands fictionneurs paranoiaques qui prenaient des drogues quoi.
Ma réflexion actuelle est d’ailleurs sur l’utilité des substances psychoactives dans le processus d’écriture: mythe, réalités… et fictions (et aussi remboursement sécu)

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