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Quatrième texte en lice

Voici le texte numéro 4 du premier test sur les séries. Ce texte est l’introduction d’un potentiel pilote de série. Prenez le temps de le lire et éventuellement de nous faire des remarques. Nous vous proposerons bientôt de voter pour plusieurs introductions potentielles.

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« C’est l’heure ! » L’homme qui vient de parler porte une perruque verte. Il s’est blanchi le teint. Il a dessiné autour de ses lèvres un liseré violet. Il veut « leur » ressembler. Il est « la joie dans la responsabilité », « l’amusement dans le travail », « la bienveillance dans la modélité. » Il détonne au milieu de cet immeuble vétuste auquel on a ajouté de lourds barreaux de fer aux fenêtres. « C’est l’heure ! » répète-t-il, comme si l’homme assis sur son lit en fer ne l’avait pas entendu. Alors, l’homme à la perruque lance un avertissement: « Mieux vaut pour l’amour de votre fille, ne pas faire d’histoires, Monsieur Wild. Vous me comprenez ? »
Wild se lève. Il a le teint blafard des nuits sans sommeil. On ne lui a laissé qu’une chemise blanche et un pantalon de flanelle. Il suit l’homme à la perruque verte. « Je m’appelle Floran, explique « perruque verte ». Je suis le grand ordonnateur de ce moment, le maître de cérémonie. Tous les yeux seront braqués sur vous. Vous expierez dans la joie! »
Wild ne répond pas. Il compte machinalement toutes les caméras du couloir, remarque le parfum lourd du gardien qui ouvre la porte. Il n’a rien avalé de ce qu’on lui a donné.
La pièce de l’exécution est grotesque, orange et bleue.
Le siège est recouvert d’une fourrure rose, comme ces ours de fêtes foraines des temps anciens. Le gardien le pousse dedans, on l’attache. C’est là qu’il remarque les gens qui sont assis de l’autre côté de la vitre.
Il y a ses anciens collègues. Il y a ses voisins. Il y a sa mère. Sa fille n’est pas là. Sur un des coins de la vitre, des données cardiaques s’affichent, les siennes. Floran reprend la parole avec une voix de bonimenteurs des supermarchés d’antan.

« André Wild, vous êtes condamné pour atteinte à la Paix, irrespect de la sagesse des Angélites, bourrage de crâne d’enfants sans défense. Chacune de ces accusations vaut une grande expiation. »

Un silence accueille ces paroles. Un silence qui tranche avec le ton enjoué de Floran. Wild, lui, regarde une à une les personnes présentes. Parmi elles, il y a celui ou celle qui l’a dénoncé. Et sa fille n’est pas là.

− Les Angélites réprouvent la peine de mort, poursuit Floran. Ils laissent le soin aux humains d’accomplir ces rites. Ils ont insisté pour que vous receviez une dose hallucinogène afin de vous offrir un dernier instant de plaisir. Vous pouvez les implorer. Il leur arrive de gracier certains criminels s’ils s’excusent sincèrement.

− Je n’ai pas l’intention de le faire, déclare Wild.

− Vous…

− Angélites ! crie Wild. Ce pays est un vieux pays. Nous sommes les frères de tous les humains. Quoi que vous fassiez ! Nos enfants sauront !

− Vous venez de condamner votre fille ! réplique Floran.

− Vous ne l’avez pas, lance Wild. Elle vous a échappé.

− Envoyez l’injection létale! Directement ! s’énerve Floran.

Wild se contracte, semble vouloir dire quelque chose. Puis s’effondre. « Nos enfants sauront », murmure quelqu’un dans l’assemblée.

 

illustration : Paul Klee, « Captif », 1940, fondation Beyeler, Bâle

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26 Comments

  1. Manue Manue

    J’hésite entre le 2eme et celui-ci.
    Les deux qui me donnent envie d’en connaître la suite.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci beaucoup Manue de ton commentaire ! A bientôt pour la bataille des pilotes.

  2. Franck Franck

    c’est vrai que cette histoire est bien partie

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Franck!

  3. Caratini Caratini

    Envie de connaître la suite …. James

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci beaucoup!

  4. zoe zoe

    J’aime bien ce texte, ça donne envie de connaître la suite…

  5. Noro Noro

    J’aime assez ce texte. Le « s » à la fin de « condamnés »m’a fait tiquer à la lecture. Comme c’est un « vous » de politesse et que le personnage est le seul interlocuteur, il ne me semble pas qu’on mette de « s ».
    Envie de connaître la suite pourquoi pas .

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Oui effectivement, en plus Amibe nous a fait la remarque. On corrige!

  6. Amibe Amibe

    Univers décalé, avec le plein de suspense.
    On se sent déjà lancé à l’aventure, à se demander : comment la fille a-t-elle pu s’échapper ?

    Quelque chose à redire…

    Hum, allez peut-être trois petites coquilles potentielles.

    vous êtes condamnés (coquille : condamné ? Vous de politesse ?)
    Wild se contracte, (virgule ?) semble
    « Nos enfants saurons » (sauront ?)

    Sinon, ce foisonnement de débuts est riche en diversités.
    J’aime bien cette expérience

    J’espère qu’on aura le droit à trois choix, par ordre de préférence.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Oups, effectivement !

  7. Lupoète Lupoète

    On devine les thèmes sous-jacents, mais envie de connaître la suite, hâte de savoir comment cela sera traité. Une utopie au service de la réalité, peut-être ? Je vote pour !

  8. Laurence Laurence

    Faisant un peu de coulrophobie, Floran m’est d’entrée de jeu antipathique 🙂
    J’aime bien l’idée « bonheur imposé », ça perturbe un peu, j’ai envie d’en savoir plus.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Laurence!

  9. Du mystère et beaucoup de questions auxquelles on a envie d’avoir les réponses. J’aime beaucoup l’univers de cette intro.

  10. Emmanuelle Emmanuelle

    La tonalité drolatique est bien vue, mais il me semble qu’il n’y a pas besoin de suite à ce texte: la dernière phrase sonne comme une chute. Il n’y a rien à ajouter ni à expliciter.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Emmanuelle !

      • Emmanuelle Emmanuelle

        Ah! Flûte de mince! J’ai cru que « nos enfants saurons » était fait exprès, et que ça faisait chute dans un récit sur l’invasion de l’ignorance. Ça marchait bien. C’est pour ça que je trouvais le récit drôle et abouti. Désolée, j’annule mon commentaire du coup. 🙁

      • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

        Non, c’était une coquille…

      • Emmanuelle Emmanuelle

        Oui, tu vois, comme déjà le type s’appelle Floran, pour moi, c’était évident que les gens faisaient, même en parlant, des fautes sur les lettres muettes.

      • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

        Ah ah

  11. Laïla Laïla

    Alors là, oui, j’ai envie de connaître la suite!
    Même si le terme « bourrage de crâne » sonne moins accusation officielle mais après tout, si c’est dit par un pseudo clown!

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci pour les commentaires et la fidélité! 🙂

  12. Françoise Françoise

    Un quatrième texte qui me plaît bien, envie d’en savoir plus. Manifestement cela se situe dans le futur mais sur quelle planète ?
    Ce qui me gêne c’est quand je lis  » il veut leur ressembler » et que je n’ai pas l’explication sur « leur ».
    Qu’est-ce que la modélité ?
    La pièce d’exécution est grotesque : en quoi est-elle grotesque ?
    On le pousse « dedans » ? et l’emploi du « on ».
    Bourrage de crâne : clairement qu’a-t-il fait ?
    Les Angélites réprouvent la peine de mort, obtenir une grâce et injection létale : pas clair pour moi.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci beaucoup Françoise, pour les commentaires et la fidélité depuis le début de l’opération. Je vais rectifier le « on ». Le reste ce sera plus dur, ça fait partie de l’univers.

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