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Troisième texte en lice

Voici le texte numéro 3 du premier test sur les séries. Ce texte est l’introduction d’un potentiel pilote de série. Prenez le temps de le lire et éventuellement de nous faire des remarques. Nous vous proposerons bientôt de voter pour plusieurs introductions potentielles.

mensch

J’ai failli mourir. C’est à cause de la date. Mes « 17 avril 1917 » ont toujours été épiques. Ce « 17 avril 1917» là, j’ai célébré mon anniversaire, avec ma section, cloué à 50 mètres des tranchées ennemies par un tir de barrage. J’ai encore le goût de la terre dans la bouche quand je ferme les yeux. J’entends des abeilles à longueur de journée, à cause des obus. Je m’en sors avec une blessure à la hanche et un peu de temps pour écrire. On m’a laissé de l’encre, des plumes et un mois avant de retourner au casse-pipe.

Forcément, Je repense à l’autre « 17 avril 1917 ». Je n’ai jamais rien écrit sur mon histoire de peur de ne pas être cru. Je le fais à présent avant que la mort ne me cueille au milieu des barbelés.

Je m’appelle Gaspard Saint-Maur. Je suis une anomalie temporelle. Je suis aussi l’unique rescapé de « l’accident de la Toungouska » le 30 juin 1908.

Cette situation m’a valu un traitement de faveur de la part des Russes et des Français. Ils ont conclu à une amnésie, m’ont donné une nouvelle identité et j’ai même récolté un « bon pour le service ». Il fallait bien ça après les heures passées à ne pas répondre à leurs questions. Bien sûr, je n’ai rien raconté de ce que je vais écrire. Tous ceux que je connaissais ont disparu. Les ennemis sont devenus des amis. Les amis sont redevenus des ennemis. Je me suis fait à ma nouvelle identité.
Je ne pouvais pas m’appeler de nouveau Gaspard Saint-Maur, puisque l’autre Gaspard existe légalement. Il vit probablement à Chateauneuf sur Loire avec Père grand. Il a 17 ans aujourd’hui, très précisément. Il échappera à cette guerre si elle se termine à l’été comme tout le monde le pense. Je ne sais pas s’il y survivrait. Je ne sais pas s’il est comme j’étais au même moment. Remarquez, mon premier 17 avril, je ne savais pas si j’allais survivre.

J’avais 17 ans ce jour-là, ce premier « 17 avril 1917 ». Les centaures et les géants battaient la campagne. La Russie d’alors n’était pas notre alliée et la guerre entre la France et l’Allemagne avait débuté au Maroc en 1913. Nous l’avions en partie perdue, car les Russes étaient venus prêter main forte aux Allemands et installer un roi sur le trône de France. Le « Tigre d’Alger » ne l’avait pas reconnu et continuait la lutte. Mon père, lui, avait disparu sur le front.
Ce premier « 17 avril 1917 », les soldats m’avaient tiré du lit. C’étaient les Russes, qui occupaient Chateauneuf-sur-Loire. Avec eux, il y avait quelques « Soumis » pour les accompagner et nous insulter au « nom du Roi ». On m’a poussé dehors à la baïonnette et un centaure m’a attrapé au collet. C’était impressionnant de voir ce torse d’homme sur un corps chevalin. Il était vêtu comme un cosaque et portait des étoffes turques pour la partie chevaline. De cette créature, je garde le souvenir de la sueur de cheval, du cuir séché de sa main et la sensation que mes jambes ne touchaient plus le sol quand il m’a entraîné. J’ai eu du mal à comprendre où il m’emmenait jusqu’au moment où j’ai vu les grilles en fer forgé.

Les Russes avaient parqué une dizaine de Castelneuviens dans l’orangerie du château. Je n’ai pas eu le temps de voir qui était là, car un homme est venu nous parler. Comme c’était un officier en zibeline, on nous a mis en rang et en silence. L’officier, c’était Wolf Toukhatchevski. Il parlait un français impeccable. « Vous allez mourir, a-t-il dit. Nous allons vous fusiller. Pour l’exemple! Prenez la dernière heure de votre vie pour rendre grâce. »

 

illustration: Paul Klee, « L’homme est la bouche du seigneur », 1918, musée d’Art moderne et contemporain, Strasbourg

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22 Comments

  1. Inès GUERROUJ Inès GUERROUJ

    Une autre de mes lectures favorites. Le texte m’a en fait rappelé un acte diplomatique, Mais à l’envers. Le premier paragraphe qui concentre l’eschatocole. La dernière parole, l’invocation, la suscription et l’adresse.

    Entre diplôme et bulle. Acte public ou privé. Cartulaire.
    Notions de diplomatique. Mon imagination qui fait des rapprochements assez bizarres.
    Lecture très plaisante et j’ai tout autant aimé l’écriture.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci beaucoup Inès! Et vive la diplomatique! Comme disait un de mes professeurs. « Quand j’ai annoncé à ma mère que je faisais de la diplomatique, elle m’a imaginé ambassadeur à Istanbul. Je ne suis qu’un rat de bibliothèque. »

  2. ferry ferry

    Pas mal, intéressant. Ca me fait penser à Un long dimanche de fiançailles. La narration du film sur le roman de Japrisot.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci beaucoup!

  3. Pierre Niocel Pierre Niocel

    Une belle uchronie en perspective. En grand fan du concept, je ne peux qu’approuver !

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Pierre!

  4. Noro Noro

    Texte un peu bizzare mais pourquoi pas, si ce n’est pas trop long, je pourrais avoir envie de connaître la suite.

  5. Lupoète Lupoète

    Si l’intro ne provoque pas en nous des interrogations, à quoi bon ? Heureusement qu’il y a des énigmes ! Du moment qu’elles sont traitées, voire résolues dans la suite ! Vouloir comprendre dès le début, c’est bon signe, non ?
    Plusieurs 17 avril 1917, plusieurs vies, l’anomalie temporelle : super idée fantastique qui permet d’accepter la fantaisie des centaures, selon moi. A contrario, je pense que plus le monde décrit s’éloigne du nôtre, plus le lecteur a besoin d’explicite ( en tout cas pour le décor, les conditions ).

  6. Amibe Amibe

    Texte un peu bizarre.

    Non pas sur le côté voyageur temporel. Mais au début il est face aux tranchées, et à la fin se trouve sous la menace d’être fusillé.

    Or la mèche est déjà vendue par Je suis aussi l’unique rescapé de « l’accident de la Toungouska » le 30 juin 1908.

    Etrange aussi le « re »devenus dans cette phrase. (qui suppose une troisième vie)
    Les amis sont redevenus des ennemis.

    Comme d’autres, les centaures et géants me semblent gratuits. (et non justifiés)
    Ce qui rajoute une couche de complexité.

    Les centaures et les géants battaient la campagne.
    On se demande d’abord dans quel camp ils sont (certes, on le découvre un peu plus bas)… mais surtout pourquoi ils « battent » (?) la campagne… Sans rien d’autre.
    « battaient la campagne à la recherche de fuyards », rendrait la phrase moins « téléporté de la féerie » pour le côté fun, et plus en cohérence avec le texte.

    A se demander aussi pourquoi les Castelneuviens
    1) ne se sont pas défendus
    2) pourquoi ils sont arrêtés

    Ont-ils abrité des soldats en retraite ? des terroristes ?
    Faute d’explications sur le pourquoi ils « battaient » la campagne, on ne sait pas.
    Ce qui rend l’arrestation arbitraire et quasi stupide. On vous fusille pour l’exemple… Mais quel exemple ?

    Pour le reste, le pitch est bien pensé, et on est dans une situation tendue dès le début. Bonne accroche qui nous lance dans l’action.

    Dernière petite précision : tir de barrage = obus, et non « bombes ». 🙂
    Attention aux mots, ils ricochent et engendrent des implications dans la suite..
    L’Amibe_R_Nard

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci encore de votre long commentaire! Les questions que vous posez sont très justes. 😉
      J’ai rectifié le tir d’obus.

  7. Plein de questions (intéressantes ! ) qui se posent à la lecture de cette intro ;-), mais je sais que ce ne sera pas ma préférée.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Joëlle, qu’est-ce qui ne te plait pas dans cette histoire? Son thème? L’idée?

  8. Laurence Laurence

    Comme Françoise, l’anomalie temporelle m’a plue, après j’ai eu u peu de mal à comprendre le lien avec les centaures & les géants. Une fois la surprise passée on reprend facilement. Ça m’a fait penser au Monde de Narnia mélangé avec le labyrinthe de Pan.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci pour les comparaisons! 🙂

  9. Françoise Françoise

    J’aime bien l’idée de l’anomalie temporelle.
    Si en 1917 il a 17 ans, en 1908 il avait 8 ans non ?
    L’accident de la Toungouska : de quoi s’agit-il ? j’ai du mal à faire le lien avec la suite.
    L’histoire des 2 Gaspard est trop entremêlée : j’aurai aimé plus de clarté dans le récit et la mise en page.
    Par contre le centaure, personnage fantastique me semble incongru dans le récit.

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Françoise, je vais réfléchir pour simplifier cette explication. Le centaure est incongru et c’est voulu 🙂

  10. Laïla Laïla

    Décidément, on va penser que je trouve chaque fois à redire!
    L’histoire est bien écrite, c’est fluide.
    Mais je ne suis pas roman historique…
    Je ne suis pas le public pour ça ^^

    • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

      Merci Laïla! Tu es sûre qu’avec des géants et des centaures ce soit historique? 🙂

      • Laïla Laïla

        Effectivement, mais je suis hermétique à tout ce qui à trait aux romans ou films avec une base historique, voire de guerre…

      • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

        Même Game of Throne, très largement imprégné des Rois maudits? 😉

      • Laïla Laïla

        Je ne connais pas Les Rois Maudits!
        Mais si tu demandes aux gens qu’on a en commun, je n’accrochais pas au début de GOT…! ^^

      • Nicolas BONIN Nicolas BONIN

        Je n’accrochais pas non plus aux débuts de Got. Essaye les Rois maudits, ça te plaira peut être!

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